Du rêve à la réalité

En février 2016, nous avons rendu visite à la maison Miguel Torres Chile, à Curico, au Chili, et nous avons découvert un beau pan de l’histoire du commerce équitable. Non sans émotion, Secundina nous a raconté l’histoire de son nouveau départ.

Le début de la viticulture chilienne nous ramène 500 ans en arrière, avec la plantation par les Espagnols du premier cépage, dans la région d’Iquique. Ce cépage rouge, connu en Espagne sous le nom de Listán, et dans ses colonies du Nouveau Monde sous le nom de Misión, a été baptisé “País” au Chili. On ne le cultive que dans les zones sèches, dans des conditions difficiles, et il demande pas mal de travail et de soins de la part des petits viticulteurs qui se transmettent la terre de génération en génération.

Quand les variétés françaises ont été introduites au Chili, dans les années 1850, le País a été mis de côté, et quasiment oublié en quelques années. Pour ceux qui en produisaient et pour leurs famille, l’avenir semblait bien incertain. C’est ce que nous a confirmé Secundina. Après une courte balade à travers un paysage à couper le souffle et par un labyrinthe de petits chemins, nous sommes arrivés à notre destination: Esperanza de la Costa. Devant nous se trouve un petit vignoble, niché entre quelques collines coiffées de pins et d’eucalyptus. Là nous accueillent les viticulteurs de ce fameux País, qui nous racontent leur histoire, dont Segundina.

Secundina a hérité ce vignoble de son père qu’elle avait vu s’y échiner pendant des années. Si sa valeur financière était limitée, sa valeur émotionnelle était donc très importante. Aussi, pour elle, il n’était pas question d’échouer. Cela n’allait pas de soi: c’est un gros travail si m’on veut obtenir de beaux raisins, ici. En outre, on n’a pas beaucoup d’argent à investir dans la technologie, alors tout est fait à la main. En plus, ces dernières années, le País n’intéresse plus grand monde.

Ca, c’était avant que Secundina ne découvre le commerce équitable. Un système qui aide les petits agriculteurs chiliens à aller de l’avant. Qui travaille avec les producteurs en difficulté financière mais produisant bon, notamment du côté de la commercialisation. Pour Secundina, cela semblait la solution rêvée.

Elle s’est donc mise en relation avec d’autres producteurs de País de la région et leur a proposé de former une union pour écouler leur production de raisin en collaboration dans le cadre du commerce équitable. Elle a approché pas moins de 54 de ces producteurs, dont 16, au final, ont accepté de rentrer dans l’association. Ensemble, ils ont été trouver les acheteurs, mais cela n’était pas facile. La plupart du temps, on leur disait: “Vos vignobles sont trop loin pour qu’on puisse les vendanger, et le transport serait encore plus difficile à organiser”. Secundina eut beau arguer que c’était pourtant faisable, même si c’était difficile, personne ne se montra disposé à travailler avec l’union.

Secundina n’était pas loin de perdre espoir; elle voyait déjà tous les efforts de son père anéantis. Tout ce travail pour rien! Elle en serait quitte pour décevoir son père et tous ceux qui comptaient sur elle! Elle décida tout de même de faire une dernière tentative, et d’envoyer un email à une autre organisation du commerce équitable, dans l’espoir qu’elle-même et ses confrères viticulteurs réussissent à conserver leur lopins de vigne.

Avec la réponse à ce dernier email, vint le secours tant attendu: quelqu’un montrait enfin de l’intérêt pour leurs raisins. Et pas seulement pour quelques kilos, mais pour toute la production! Le nom de ce quelqu’un? Miguel Torres Chile!

Secundina elle-même n’avait jamais entendu parler de l’entreprise. Quoi qu’il en soit, celle-ci a permis à tout un groupe de parfaits inconnus de sortir de leurs difficultés financières en achetant leurs raisins. Les viticulteurs commencèrent à s’organiser et à s’entraider pour la vendange – car dans la région, il est impossible de vendanger à la machine. Pas seulement à cause de la situation géographique des vignes, mais aussi, tout bonnement, parce qu’il n’y avait pas d’argent pour louer une machine ou en acheter.

Après la récolte, le poids des apports en raisins de chaque producteur a été soigneusement noté afin que chacu soir correctement payé. Certaines vignes sont si petites qu’il faut cumuler la production de plusieurs d’entre elles pour remplir un camion. Au total, la production des membres de l’association a été de quelque 100 tonnes de País – de quoi nourrir 19 familles.

Avec le produit de la vente, ceux-ci ont investi dans le vignoble, plantant de nouveaux rangs de vigne et achetant du matériel pour l’entretien des sols; mais ils ont aussi mis sur pied un système mutuel d’assistance de santé au bénéfice des plus âgés d’entre eux. Pour Segundina, c’est très important, car beaucoup de jeunes quittent la région pour les grandes villes et peu en reviennent. La plupart ne s’intéressent guère à l’entretien des vieilles parcelles de vignes. Mais les membres du groupe, eux, continuent à croire dans l’avenir et espèrent pouvoir en convaincre un jour les jeunes.

Miguel Torres Chile, lui, en est convaincu depuis lontemps: dès 2007, en effet, l’entreprise proposait un nouveau projet à la Fondation de l’Agriculture Innovante, en coopération avec l’Université de Talca, dont le but était d’étudier le potentiel du País sur une période de trois ans. Début 2008, les partenaires décidèrent de travailler avec des producteurs de Cauquenes, de San Javier et de Yumbel, une zone où se trouvent des petits viticulteurs qui exploitent toujours des vignes de País.

Deux ans plus tard, Fernando Almeda, oenologue chez Miguel Torres Chile, et son équipe, ont repris le projet à leur compte et décidé d’élaborer une méthode traditionelle avec deuxième fermentation en bouteille, comme pour le Champagne. Ils obtiennent ainsi un effervescent 100% chilien, issu de vignes plus que centenaires. Un véritable hommage récompense pour le pays et ses habitants.

Et un rêve qui se réalise, sous le nom de Santa Digna Estelado!

Tags: fairtrade
  • 01 September -

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